Les lois de l’attraction

L’attractivité. C’est ce dont j’aimerais parler. Mais “les lois de l’attractivité”, cela sonnait moins bien. 🙄

L’attractivité de la Martinique est un débat qui se développe en ce moment sur l’île, et cette discussion est plutôt bienvenue. Après tout, soyons honnêtes, si la majorité des diplômés ne retournent pas immédiatement sur notre île, c’est pour un cadre de vie plus attrayant trouvé ailleurs.

Les critères d’une ville attractive

Les définitions de l’attractivité varient mais dans tous les cas, cela correspond à une combinaison de facteurs sociaux et économiques qui rendent une ville agréable.

Critères de Price Waterhouse Cooper

Selon PWC, dans une étude intitulée Cities of Opportunity, il n’y a pas moins de 67 facteurs qui définissent une ville comme étant attractive, regroupés en 3 familles : Tools for a changing world, Quality of life, Economics. (en FR : Outils pour un monde en changement, Qualité de la vie, Economie)

On fait un petit focus sur l’aspect Qualité de la vie ? Etre réveillée le matin par le soleil et le chant des oiseaux quand je suis en Martinique, j’adore ! Tout comme aller à la plage le week-end et voir la mer à tout moment. 😍🌊

Prendre des embouteillages tous les jours ne fait par contre pas partie de mes critères de vie idéale, de même que supporter les affres des transports en commun à Paris ne me réjouit pas.

Toujours selon PWC, les transports et les infrastructures contribuent énormément à l’attractivité d’un territoire, tout autant que le sentiment de sécurité, les dispositifs de santé, le développement durable, la place de la nature dans la ville, le dynamisme démographique. Cela reste cependant un peu vague, non ?

L’indicateur d’attractivité CERISE REVAIT®

Un autre indicateur, la méthode CERISE REVAIT® mise en place par la CDEIF, propose de nouveaux facteurs d’attractivité, et dans le même temps un cadre d’analyse et d’évaluation de l’attractivité, afin d’identifier ses avantages comparatifs. Déjà, à quoi cela correspond t-il ?

Ces 13 composantes sont complétées par 6 facteurs complémentaires sans doute davantage adaptés à une analyse de la qualité de vie, du bien-être de tous les jours.

Choisir son cheval de bataille

Si l’on s’en tient à l’indicateur CERISE REVAIT®, qui est plutôt sensé, certains arguments ou plaintes récurrentes quant au dynamisme et à l’attractivité de la Martinique apparaissent…irrecevables.

On ne peut pas déplorer le faible retour au pays, ou tout simplement la diminution de la population, en mettant en avant nos superbes paysages et nos ressources naturelles; en se basant sur la beauté extérieure. De même que Paris est belle de par son architecture, New-York impressionnante de par ses grattes-ciels, et Lisbonne incroyablement jolie, ce ne sera pas un critère déterminant d’installation. Bien que le charme d’une ville compte, c’est plutôt un plus. Les exemples les plus probants sont Berlin et Cologne qui ne sont pas les plus belles villes de ce classement des 50 villes les plus agréables pour les millenials et qui pourtant en occupent le top 10.

Faire la promotion de l’île en ne prenant en compte que le critère de la beauté est risqué si la réalité de la vie n’est pas à la hauteur de ses paysages.

On ne peut pas non plus reprocher aux jeunes rentrant en Martinique de regretter la diversité et les possibilités offertes par de grandes villes, en assimilant cela à un rejet des spécificités locales, quand il s’agit d’une envie d’encore mieux.

Aussi, si l’activité, si les boîtes qui se créent se concentrent sur le tourisme, cela améliorera la qualité de l’accueil. C’est cool 👍 Cependant, améliorer la qualité de vie martiniquaise passera davantage par la création de services et de produits dédiés aux résidents = à ceux qui y vivent tous les jours et qui ne peuvent se suffire de la “Martinique Magnifique”.

En gros, il y a sans doute une confusion entre attractivité touristique et attractivité résidentielle. Le beau, le bon et le local satisfont le touriste le temps de son séjour; l’utile, le pratique, et la diversité (sur place ou à proximité immédiate, pour ce dernier point) incitent à rester et s’installer.

Se poser la bonne question

Que voulons-nous ? Rendre la Martinique attractive. Jusqu’ici, tout le monde est d’accord.

Comment rendre la Martinique attractive ? Et c’est là que cela se complique, chaque acteur possédant sa propre vision et ses propres critères en fonction de ses besoins et objectifs propres.

Les acteurs du tourisme adopteront une stratégie d’attraction de davantage de touristes en se basant de préférence sur des critères un peu cliché (la nourriture exotique -pour ceux venus d’ailleurs-, les magnifiques paysages, le patrimoine culturel riche etc). Les entrepreneurs souhaiteront attirer davantage d’investisseurs par un assouplissement du cadre fiscal et légal par exemple.

C’est à cause de cette disparité des interprétations de l’attractivité que la question “Comment rendre la Martinique attractive ?” n’est pas la bonne question et crée des dissensions et in fine, de l’inactivité. Et si on revenait légèrement en arrière dans la réflexion pour revenir à la base, qui est selon la moi la question du branding de la Martinique.

💡La question serait alors plutôt : Si l’on devait donner une unique définition générale de la Martinique, composée de deux mots par exemple, quelle serait-elle ?

A titre d’exemple, Berlin est généralement définie comme libre et cosmopolite, il y a presque un consensus là-dessus, et c’est cela qu’on recherche : une définition positive sur laquelle tout le monde s’accorderait. Quels qualificatifs pourraient alors être utilisés pour la Martinique ?

Apres une courte réflexion, rien ne m’est venu directement à l’esprit; impossible de saisir ce qui serait en deux mots l’essence de la Martinique actuelle.

D’où la question suivante : Si l’on pouvait créer de toute pièce une définition de la Martinique, comment voudrait-on se définir ?

Voudrait-on que la Martinique soit (combinaisons à titre d’exemple) :

  • technologique et connectée ? 🔌
  • écologique et multi-culturelle ? 🌿
  • accueillante et futuriste ? ⚙️
  • créative et abordable ? 🎨
  • traditionnelle et sûre ? 🏳️
  • pionnière et égalitaire ? 💪

Une fois que l’on saura ce que l’on souhaite être, et comment l’on souhaite rayonner, c’est-à-dire, comment l’on souhaite être perçu, alors les actions mises en place prendront un sens nouveau et l’on sentira une véritable dynamique commune.

On parle souvent de marketing territorial, et la comparaison fait sens si l’on considère la Martinique comme le produit que l’on souhaite vendre à de potentiels habitants. Dans une réflexion marketing, afin de toucher efficacement la cible, il faut définir :

1. Les besoins auxquels on souhaite que notre produit réponde.

📌 Cela correspond généralement à des préoccupations de notre cible. Définissons deux préoccupations pour les besoins de l’exercice : l’amélioration de la santé et de la qualité de vie par la diminution de la pollution et la création d’une nouvelle économie exportatrice génératrice d’emplois. Utilisons cet exemple pour voir comment fonctionne cette réflexion marketing.

2. Nous pouvons ensuite définir les caractéristiques nécessaires à notre produit afin de répondre à ces besoins.

📌 Il faudrait une Martinique écologique, créative et connectée afin de répondre aux besoins cités plus haut, une Martinique qui travaille continuellement à l’élaboration de solutions créatives (c’est-à-dire totalement nouvelles ou bien adaptées) afin d’œuvrer à la protection sanitaire de ces habitants et de générer une demande extérieure et donc des emplois, du fait du caractère innovant de ces solutions.

3. Le message de communication que l’on souhaite faire passer pour attirer notre cible et lui donner envie de consommer le produit (= d’habiter en Martinique)

📌 La Martinique se positionne comme pionnière en matière d’écologie, de protection de l’environnement, et de production responsable, afin d’assurer une vie agréable à ces habitants. Elle développe constamment de nouvelles solutions technologiques ou tirées de la tradition qui contribuent au bien-être de ces habitants; solutions qui sont demandées par d’autres territoires ou pays, et qui permettent de créer des emplois pour répondre à cette demande.

4. Les canaux de communication, c’est-à-dire les différentes actions pour transmettre le message défini plus haut

📌 Bâtir une Martinique perçue comme écologique, créative et connectée, devra passer par tous les éléments à notre disposition : un transport propre (il y a eu un espoir avec le TCSP), une production majoritairement bio, la mise en place d’un système innovant de dépollution des sols, davantage d’emplois dans les secteurs de l’ingénierie, de la chimie, de l’agronomie, ainsi qu’un enseignement supérieur dans ces domaines avec des échanges dans des territoires pionniers/avancés sur ces thématiques, un engagement politique en faveur d’actions responsables dans toutes les sphères, etc

Utiliser ce cadre de pensée serait un bon début pour définir des lois de l’attractivité propres à la Martinique.

Réinventer nos solutions

Alors oui, s’il y avait encore un doute, je pense que le développement durable et responsable devrait être une des priorités de notre temps.

On ne peut continuer à nourrir nos populations et à distribuer des produits bourrés de pesticides et autres perturbateurs, on ne peut continuer à produire des déchets qui ne peuvent être recyclés et inciter au gaspillage de ressources et de denrées, on ne peut continuer à voir de plus en plus de proches développer des maladies dues à notre mode de consommation actuel; et cette prise de conscience s’accroît de plus en plus.  Je ne vois donc pas pourquoi on devrait attendre que d’autres trouvent des solutions pour nous alors que nous sommes déjà confrontés à ces problèmes. Autant exercer notre créativité à contribuer au développement de solutions innovantes en faveur de l’environnement et de la sûreté sanitaire.

Une autre idée que je souhaiterais mettre en avant, et qui pour moi contribuerait au développement d’une société plus consciente et responsable, est la décentralisation.

Si dans ton quartier ou ta résidence tu as à peu près tout ce qu’il te faut, le transport peut occuper une place moins importante dans les activités de tous les jours (et un problème de minimisé, un). Quand je dis tout ce qu’il te faut, c’est une épicerie de proximité par exemple, de préférence sans emballages, un espace de rencontres et d’événements (conférences, discussions, cours de yoga et autres, projections de films), une pharmacie, un médecin, un bar, un café/laverie/bibliothèque par exemple, un jardin urbain partagé, un marché, quelques boutiques éventuellement, un parc…Pouvoir ré-intégrer les commerces et espaces de rencontres aux zones d’habitat, plutôt que les isoler les uns des autres, diminuerait le trafic routier, améliorerait la qualité de vie, favoriserait la rencontre et l’échange avec ceux qui vivent près de nous, générerait des initiatives locales.

Quand on regarde du côté de Berlin qui est une des villes les plus attractives actuellement, on voit que le ville est organisée en quartiers/arrondissements qui sont des mini-villes en eux-mêmes où tout ce dont on peut avoir besoin est disponible à pied, en vélo, ou en transport. Résultat : on peut facilement vivre à Berlin sans sortir de son quartier.

Je pense également qu’un des atouts de Berlin est la diversité offerte par la ville. Toutes les cultures peuvent librement s’exprimer, ce qui contribue à une belle diversité d’événements et d’offres de restaurants. Offrir une liberté d’expression sans jugement et permettre à ses habitants de voyager sans quitter la ville me semble être un facteur de poids quant à l’attractivité.

Difficile de conclure

Il y a encore beaucoup de choses à dire, beaucoup de réflexions et de discussions à avoir sur le sujet de l’attractivité.

Mais pour finir, je me faisais la réflexion : que les jeunes martiniquais reviennent contribuer au développement de l’île serait bien sûr idéal. Mais l’on pourrait également compter sur des personnes de la Caraïbe, des Etats-Unis, ou de l’Europe, en fait sur toute personne tombée amoureuse de la Martinique (pour ses valeurs et les critères définis plus haut, en plus de ses paysages etc) et qui souhaiterait s’y installer, tout en contribuant à l’économie.

Quand l’on regarde les villes les plus attractives pour les millenials aujourd’hui, ce sont souvent les villes les plus multiculturelles, où l’accueil des étrangers est facilité et où il est possible de travailler en anglais. Mais surtout, en résumé, des villes où la démarche d’attractivité cherche à attirer les meilleurs talents, d’où qu’ils viennent.

Ecrit par Axelle Valentine.

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